Impact de la privation visuelle précoce et tardive dans l’étude des processus mis en jeu dans
la cognition spatiale, le fonctionnement de la mémoire et les apprentissages.
Axe 1 : Cognition spatiale
- Format des représentations mentales de l’espace
- Implication motrice dans l’appropriation de l’espace
Axe 2 : Mémoire
- Mémoire autobiographique et capacités de projections mentales dans le futur.
- Implication de la mémoire de travail dans l’appropriation haptique d’un environnement
Axe 3 : Apprentissage
- Connaissance morphologique et Apprentissage de l'orthographe
- Compréhension des textes écrits chez les jeunes lecteurs (CE2 et CM1)
- Troubles de la lecture chez l'enfant déficient visuel
The project RASPUTIN (ANR-18-CE38-0004) was selected by the Agence National de la Recherche for funding in 2018 under the Axis « La Révolution numérique : rapport au savoir et à la culture » (The digital revolution: relationship to knowledge and culture), a transveral axis between « Société de l'information et de la communication » (Information and Communication Society) and « Sociétés innovantes, intégrantes et adaptatives » (Innovative, integrative and adaptive societies).
RASPUTIN is a fundamental collaborative research project at the intersection of Digital Science and Technology and Psychology, aiming at reducing the cognitive complexity of navigation by the visually impaired in new interior surroundings through digital simulations and virtual auditory reality explorations as preparation and mental map construction exercises. The objective promotes accessibility to information by all and from anywhere.
Projet européen, le STREP "Wayfinding" (Collaborations principales : M. Denis ; B.
Katz).
Il s’agissait de déterminer quels étaient les indices acoustiques qui permettent aux personnes non-voyantes de comprendre la configuration spatiale d’un environnement, et de générer mentalement une
représentation qui préserve l’organisation topologique et métrique de cet environnement. Plus spécifiquement, je me suis intéressé aux espaces qui peuvent être rencontrés à l’intérieur d’un
bâtiment.
Après avoir identifié, le long d’un parcours, tous les indices acoustiques repérés, et utilisés par une personne non-voyante pour comprendre la configuration spatiale de cet espace, nous avons décidé
de voir dans quelle mesure, grâce aux nouvelles technologies, nous serions capables de proposer une simulation de ces environnements. L’idée était de permettre aux personnes non-voyantes d’apprendre
la configuration spatiale d’environnements inconnus en amont d’un déplacement dans ces nouveaux lieux.
Les personnes non-voyantes se retrouvent en effet souvent obligées de se rendre tard dans leur nouveau lieu de travail pour pouvoir l’"écouter" attentivement, sans perturbations extérieures
(déplacement des collègues, discussions, bruits d’ordinateurs, de pas, etc…) et s’en forger une représentation mentale la plus correcte possible, en tenant compte des largeurs différentes de
couloirs, de la positions des bureaux des uns et des autres, des issues de secours, des escaliers, etc.
Nous avons proposé à des participants non-voyants de naissance, non-voyants tardifs et voyants privés de vision d’apprendre la configuration spatiale d’un parcours au
sein d’un bâtiment, soit par une navigation réelle le long du parcours, soit par une navigation virtuelle au sein du rendu acoustique en 3 dimensions de cet environnement.
Les résultats ont montré que quel que soit le statut visuel (non-voyant de naissance ou tardifs) des participants, les deux environnements (réels et virtuels) leur permettaient de comprendre la
configuration spatiale qui était explorée. Les participants donnaient autant de détails sur les indices acoustiques manipulés (nombre de portes, différences de revêtements, etc) après une navigation
réelle qu’une navigation virtuelle. En ce qui concerne la tâche de comparaison mentale de distances, les résultats classiques de la littérature ont de nouveaux été observés suggérant que les
participants avaient tous générés une représentation mentale de la configuration spatiale du parcours qui préserve son isomorphisme structural, c’est-à-dire qui conserve les relations métriques et
l’organisation topologique des différents éléments entre eux.
Plusieurs communications scientifiques sont issues de ces travaux (Voir onglet Curriculum Vitae)
Photo : Bernard Lebahr (participant non-voyant) se prêtant à la dernière phase de l'expérimentation
Résumé de mon travail de thèse (Télécharger la thèse)
Mes travaux de Thèse ont permis d’apporter des éclairages sur l’effet d’une privation visuelle précoce sur la capacité à générer une carte mentale spatiale, et à s’en servir pour évoluer dans un
environnement, qu’il soit connu ou non. Ces premières étapes ont permis de mettre en avant une adaptation très forte du système visuel quoi qu’ayant des limitations sur des points très précis et
spécifiques pour les personnes dépourvues de toute expérience visuelle, en comparaison à des personnes ayant perdu la vue tardivement.
Je me suis ainsi intéressée à la « plasticité » comportementale de l'individu dès lors qu'il est privé dès la naissance de l'un de ses sens, en l'occurrence, la vue. Plus spécifiquement,
j’ai décidé d'étudier la façon dont cet individu pouvait se représenter mentalement l'espace dans lequel il évolue, et la façon dont il pouvait bénéficier des informations provenant de ses autres
sens. Il s'agissait de comprendre si des étapes indispensables dans la construction des représentations mentales opéraient dès le plus jeune âge, et dans quelle mesure la plasticité comportementale /
cérébrale pouvait pallier cette privation visuelle précoce, ou bien si malgré cela, la privation totale d'un sens affecterait de façon définitive, la qualité de ses représentations mentales. En
d'autres termes, si les processus impliqués dans la génération des représentations mentales se mettent en place très tôt lors du développement de l'individu, pouvons-nous déterminer si certaines
particularités des cartes mentales seront plus affectées que d’autres ? De plus, est-ce que l'environnement sera plus ou moins bien « internalisé » selon que la personne est dotée ou privée du
sens visuel dès les premières étapes de son développement ? Si tel était le cas, cela signifierait qu’il existe des limites aux capacités d’adaptation des autres systèmes sensoriels ; en
d’autres termes des limites à la « substitution » d'un ou plusieurs sens, à un sens manquant.
Dans ce contexte, mes activités de recherche ont contribué à déterminer l'importance de l'expérience visuelle précoce sur l'une des particularités des cartes mentales : la préservation, au sein de
ces cartes, des relations métriques entre les éléments présents dans les environnements, et à partir desquels sont générées ces représentations.
Trois séries d'expériences s’appuyant sur les paradigmes de comparaison mentale de distances et d’exploration mentale de distances, ont été proposées à des participants non-voyants de naissance, non-voyants tardifs, voyants privés de vision, et voyants gardant les yeux ouverts. La dernière série avait pour objectif d'examiner si l'immersion des individus dans l'environnement à mémoriser pouvait améliorer leurs performances. Nous avons conçu une plate-forme de Réalité Virtuelle en "audio 3D", permettant de générer un environnement spatial composé de sources sonores virtuelles dans lequel les individus avaient la possibilité de se déplacer.
Chaque participant était équipé d’un système permettant d’enregistrer le positionnement de sa tête dans l’espace, ainsi que l'ensemble de ses trajectoires.
L'ensemble des données que nous avons obtenues nous ont ainsi permis d’obtenir de précieuses informations sur l’impact de la privation
visuelle (qu’elle soit précoce, tardive ou temporaire) sur la qualité des cartes mentales des individus. Il apparaît notamment qu’une exploration active conduit à une représentation plus précise
qu’une description verbale chez les participants voyants privés temporairement de vision, alors que les deux populations de non-voyants sous-estiment systématiquement la taille de la
configuration.
Plusieurs communications scientifiques sont issues de ces travaux (Voir onglet Curriculum Vitae)
Autobiographical memory underlies the personal identity and the temporal continuity. The critical attributes of episodic autobiographical memory are self-relevance, self-perspective, re-experiencing of personal events within their spatiotemporal contexts and idiosyncratic details such as visual mental imagery and emotional experience (Piolino, Desgranges, & Eustache, 2009). Recently, researchers have shown that autobiographical memory is an important construct for mental projection in the future. Remarkably, there are very few studies focused on testing autobiographical memory in blind individuals. Nowadays only two studies have been conducted in this issue by comparing groups of blinds and slighted persons on autobiographical memory tasks (Eardley & Pring, 2006) ; (Tekcan et al., 2015). The findings revealed some deficits in the recalls of specific autobiographical events in the blind persons, which paralleled their deficits in imagination of specific events. The aim of the present study was to further investigate how visual deprivation affects episodic autobiographical memory and episodic autobiographical future thinking and the relationships with other cognitive functions that are known to mediate episodic/autobiographical skills. We compared 3 groups (blind from birth, late blind and blindfolded sighted persons) with a new autobiographical paradigm (TEMPau Chronestesia, (Abram, Picard, Navarro, & Piolino, 2014), which measures semantic and episodic performance across different time periods from the past and the future and a battery of neuropsychological tests (e.g., working memory, episodic memory, and executive function assessments) and subjective self-assessments (e.g., mental imagery, self-concept, memory complaints…). The findings showed intergroup differences in episodic performances, especially regarding the level of specificity and the kinds of phenomenal details provided in the two temporalities.
La nomenclature en orthophonie valide la rééducation du langage écrit suite à un bilan. Or, dans le cas des troubles de la lecture, la fonction visuelle joue un rôle prépondérant. Telle que présentée dans le DSM-V, la définition de la dyslexie elle-même exclut le déficit sensoriel. Des auteurs ont cependant étudié le cas d’enfants déficients visuels présentant des difficultés de lecture similaires à celles des enfants dyslexiques (Greaney et Reason, 1999).
Un test de Dépistage des Difficultés en Langage Écrit chez les enfants Braillistes (DD-LEB) a très récemment été élaboré par un groupe d’orthophonistes (Ferey et Sidki-Mangin, 2015 ; Malabry et Marteau, 2015). Ce test, étalonné sur de nombreux enfants déficients visuels, fait désormais référence pour évaluer les troubles de la lecture chez les personnes non-voyantes.
L’évaluation étant une étape primordiale, il reste désormais à investiguer une question tout aussi essentielle qui est celle de la prise en charge de la rééducation orthophonique de ces personnes.
L'objectif de ce projet est de proposer une rééducation adaptée pour les enfants aveugles braillistes qui répondent à ces troubles du langage écrit. Pour cela, nous avons élaboré un protocole de rééducation basé sur les protocoles existants chez les enfants voyants ayant des troubles du langage écrit. Au regard des troubles décrits chez les enfants déficients visuels, qui ressemblent fortement à ceux des enfants dyslexiques, nous proposons une rééducation basée sur un entrainement de type phonologique.
Cette étude est donc la première étape d'un travail de grande envergure qui devra être réalisé autour de la « dyslexie aveugle » afin de permettre aux orthophonistes de soutenir aux mieux ces enfants lors de leur entrée dans le langage écrit. Ce travail a pour ambition d’aider à prévenir les éventuels troubles ainsi qu’à proposer une prise en charge spécifique qui tienne compte des particularités liées aux troubles visuels.
Ce post-doctorat m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences, aussi bien techniques que méthodologiques dans l’analyse du comportement (avec des logiciels
d’analyse vidéo et audio, ainsi que des logiciels d’analyse comportementale). Je me suis également intéressée aux logiciels de prototypage d’interfaces ou de créations de story-boards pour la
création de scénarios d’usages. Je me suis de plus familiarisée aux outils de créativité pour les concepteurs, et ai formalisé une expérimentation de créativité collaborative sur table interactive,
grâce à laquelle nous avons pu mettre en évidence que la visualisation d’idées, lors d’un exercice de brainstorming permet d’augmenter la génération du nombre d’idées originales, et d’augmenter la
créativité des individus. Enfin, j’ai travaillé à une revue de questions sur les apports de l’imagerie cérébrale dans la conception de produits et notamment sur l’analyse des processus cognitifs en
situation d’interaction entre un individu et un produit, qui pourrait permettre d’enrichir le processus de conception et d’aboutir à la conception de produits plus et mieux utilisables.
Plusieurs communications scientifiques sont issues de ces travaux (Voir onglet Curriculum Vitae)